Journée de solidarité : où vont les milliards pour nos aînés ?

Temps de lecture : 4 min

Points clés à retenir

  • 3,36 milliards d’euros collectés en 2026 grâce à la journée de solidarité, financés par les employeurs et les retraités imposables.
  • Des financements variés : ces fonds soutiennent les EHPAD, l’aide à domicile, l’APA, le handicap et le répit des aidants, mais aussi la rénovation des bâtiments.
  • Une polémique sur la climatisation : la loi n’a jamais fléché ces sommes vers la climatisation intégrale, mais des aides existent pour le confort thermique.

Une réponse politique au traumatisme de 2003

À l’été 2003, une canicule exceptionnelle a provoqué la mort d’environ 15 000 personnes en France, en majorité des personnes âgées isolées. Cet épisode a marqué un tournant : l’espérance de vie des femmes a reculé pour la première fois depuis les Trente Glorieuses.

Pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise, le gouvernement a instauré en 2004 une journée de travail supplémentaire non rémunérée, généralement le lundi de Pentecôte. Depuis 2008, les entreprises peuvent choisir un autre jour, et depuis 2013, les retraités imposables contribuent aussi.

3,36 milliards en 2026 : qui paie et combien ça rapporte

Le dispositif repose sur deux prélèvements : les employeurs versent une contribution de 0,3 % de leur masse salariale brute (la CSA), et les retraités imposables paient 0,3 % de leurs pensions (la CASA).

En 2005, première année d’application, la journée a rapporté 1,95 milliard d’euros. En 2026, ce montant atteint environ 3,36 milliards d’euros. Depuis sa création, la contribution cumulée dépasse les 36 milliards d’euros.

À quoi sert concrètement l’argent collecté par la CNSA

Les recettes alimentent la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), dont le budget global atteint 42,4 milliards d’euros en 2026. L’intégralité des fonds de la journée de solidarité est consacrée à la politique de l’autonomie.

Concrètement, cet argent finance :

  • EHPAD et soignants : une partie des personnels et du fonctionnement des établissements.
  • Aide à domicile et APA : l’Allocation Personnalisée d’Autonomie pour financer des services à domicile.
  • Handicap : les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) et la Prestation de Compensation du Handicap.
  • Répit des aidants : des plateformes d’accompagnement et de soutien pour les proches aidants.

La CNSA soutient aussi la modernisation du bâti : entre 2021 et 2024, 800 projets de rénovation d’EHPAD ont été soutenus pour 7,7 milliards d’euros de travaux, dont 1 milliard de subventions. Elle a également financé 1 057 projets dédiés au confort thermique entre 2021 et 2022.

La climatisation des EHPAD, une polémique récurrente

À chaque vague de chaleur, la même accusation revient : l’argent de la journée de solidarité aurait dû servir à climatiser les maisons de retraite. De mon expérience, c’est plus nuancé. La loi de 2004 visait le financement de l’autonomie, sans exiger de climatisation intégrale.

Ce qu’on ne vous dit pas toujours : depuis 2005, le code de l’action sociale impose aux EHPAD d’aménager au moins une pièce équipée d’un système fixe de rafraîchissement. Le lien avec la climatisation existe donc, mais il reste indirect. Face aux étés de plus en plus chauds, la CNSA a débloqué une enveloppe exceptionnelle de 49 millions d’euros en 2025 pour des ventilateurs, climatiseurs mobiles et petits travaux.

L’AD-PA dénonce des milliards « détournés » et réclame bien plus

L’Association des Directeurs au service des Personnes Âgées (AD-PA) estime qu’une partie des fonds n’atteint pas sa destination. Selon elle, des milliards ont été prélevés sur les ressources de la CNSA via le gel de la réserve prudentielle : chaque année, l’État met de côté une part du budget, mais cette somme n’est pas toujours restituée. Ce gel atteindrait 215 millions d’euros en 2026.

Dès 2010, le directeur de l’AD-PA dénonçait : « On trompe les salariés et retraités, à qui on demande de verser de l’argent pour les personnes âgées et handicapées. » Alors qu’un débat renaît sur une seconde journée de solidarité, l’AD-PA juge la mesure très insuffisante et appelle à un effort bien plus ambitieux.

Parlons-en franchement : des pistes pour les familles

Pour les familles concernées, la première porte à pousser reste locale : le CCAS de la commune, le conseil départemental ou un point d’information France Services pour connaître les aides mobilisables au titre de l’autonomie. N’hésitez pas à vous renseigner, car ces fonds existent pour vous.